Nouvelles

La feuille de Laurier rose

Bonjour bonjour ! Pour inaugurer cette rubrique « Nouvelles », voici un tout premier texte de ma main…. Je vous ferai découvrir au fil du temps d’autres textes et d’autres auteurs. En attendant : Bonne lecture !

La feuille de Laurier rose dans Nouvelles laurier-rose

En contemplant la beau visage de Niu qui, coiffée avec soin et vêtue de son plus beau kimono, préparait le thé, Ginta se félicita qu’elle fût bientôt son épouse. Ce n’était pas tant la beauté de la jeune fille que le prestige que lui apporterait ce mariage qui l’attirait. Car en devenant le gendre de l’illustre Ogyu, samouraï et fils de samouraï reconverti en diplomate, on oublierait sa condition de simple négociant et la réputation d’intelligence et de bravoure de sa nouvelle famille rejaillirait sur lui.
De son côté, apparemment absorbée par le rituel de la cérémonie du thé, Niu observait le jeune homme à travers ses longs cils baissés. Certes, il avait de l’allure et il était joli garçon… mais aux yeux de Niu, ce n’était qu’un vil marchand. Un mécréant de la pire espèce, incapable de saisir la beauté pure d’un haïku, la poésie d’un bouquet de fleurs et pire encore… inapte à distinguer l’harmonie du mélange du thé aux arômes les plus divers, dans lesquels la jeune fille était passée maître.
Hélàs, contrainte par son père qui se souciait davantage de son confort futur que de ses sentiments ou de ses aspirations, elle avait dû, non seulement inviter Ginta, mais aussi créer pour lui un de ses fameux mélanges… De longs jours s’étaient écoulés avant qu’elle ne trouve la plante appropriée, mais l’alchimie s’était enfin produite.
Elle s’autorisa un sourire, à peine un frémissement de sa jolie bouche, en tendant à son invité le bol d’où montait un parfum fleuri.
-Qu’est-ce que c’est ? demanda Ginta, le nez plissé devant la senteur inconnue.
-C’est une de mes compositions : « thé et feuille de Laurier rose », répondit-elle d’une voix douce.
Le jeune homme trempa les lèvres dans le breuvage qu’il aspira bruyamment. Niu se raidit. Décidément, il n’avait pas plus de manières qu’un singe ! Elle se fit violence cependant, pour ne pas lui faire remarquer son impolitesse. Puis se souvenant des recommandations de son père, elle se reprit et entama une conversation sur les arts et la littérature que ce jeune pourceau, bien sûr, s’avéra incapable de soutenir, mais à laquelle il prit visiblement plaisir, adressant à son hôtesse de grands sourires niais qu’elle s’efforça d’ignorer.
Tout en parlant, la jeune fille observait Ginta. Celui-ci, flatté de l’attention dont il faisait l’objet, accapara la parole. Bien que révulsée par son ignorance et sa grossièreté, Niu était fascinée par ses gestes. Elle ne quittait pas des yeux ses mains qui tenaient maladroitement le bol de thé et le portaient régulièrement à sa bouche. Prévenante, elle le remplissait aussitôt qu’il était vide. Enivré par ses propres mots, Ginta n’y prêta aucune attention.
L’après midi touchait à sa fin quand enfin il se tut et se disposa à partir. Il la salua avec respect, la remercia pour son thé si bon et lui dit sa hâte de la revoir bientôt. Niu ne répondit pas, mais baissa humblement la tête et Ginta s’en alla satisfait. Lorsqu’il ne fut plus là, elle versa sur le sol le contenu de son propre bol de thé auquel elle n’avait pas touché et quitta le petit pavillon pour aller retrouver son père.
Toute colère, toute révolte avaient à présent quitté son coeur. Elle s’arrêta un instant pour admirer le jardin et en revit un autre : celui de l’ambassade anglaise qu’elle avait visité quelques jours plus tôt avec sa mère et ses tantes. Elle se souvint de ce buisson magnifique dont l’odeur l’avait ensorcelée et contre lequel l’hôtesse anglaise l’avait mise en garde : « C’est un bel arbuste ce laurier rose, mais il faut s’en méfier : ses feuilles sont extrêmement toxiques… »
Niu sourit, plus sereine que jamais. Ce n’était l’affaire que de quelques heures, mais elle n’épouserait pas Ginta.

 

Sandra Sbaizero

7 Réponses à “La feuille de Laurier rose”

  1. Le 15 mars 2012 à 15 h 58 min Lily a répondu avec... #

    Bien beau texte Sandra je me régale en vs lisant…Il faut souvent se méfier de l’emballage… ;-) Bisous et merci de votre partage à tous..

    Dernière publication sur VA OU TON COEUR TE PORTE...... : BAS LES MASQUES !!

    • Le 15 mars 2012 à 17 h 36 min sandrasbz a répondu avec... #

      Coucou Lily,

      Oui et il faut se méfier aussi de la « faiblesse » des femmes… elles ont bien d’autres armes dans leur manche.

      Bisous,

      Sandra

  2. Le 15 mars 2012 à 17 h 12 min Lina Carmen a répondu avec... #

    Magnifique ! Ce court récit est superbement bien amené et on ne s’attend pas à la fin ! Bravo.

    • Le 15 mars 2012 à 17 h 35 min sandrasbz a répondu avec... #

      Merci Lina,

      Ce texte est un écho à ma passion pour le Japon… ce beau pays plein de poésie.

      Bisous à toi et au plaisir de te lire ici,

      Sandra

  3. Le 15 mars 2012 à 18 h 13 min jean-marc a répondu avec... #

    hello sandra, j’adore ta verve, chaque detail a sa place precise!
    bisous
    jean-marc

  4. Le 16 mars 2012 à 13 h 13 min Caliope a répondu avec... #

    Oh mon Dieu ! Quelle chute, Sandra ! Tu m’as surprise, je ne m’y étais pas attendue.
    Moi j’étais avec Ginta, j’aurais aimé qu’elle se rende compte qu’il n’est pas totalement celui qu’elle croit ou qu’il puisse faire un effort. Roooo, la vilaine !

    J’ai reconnu là ta passion pour l’univers japonnais. Héhé… Peut-être écriras-tu une nouvelle plus longue sur cet univers. ça te va bien !

  5. Le 19 mars 2012 à 12 h 05 min etoiledelys a répondu avec... #

    J’aime beaucoup c’est très bien écrit, j’imagine très bien la scène et je vois bien les personnages… Bravo Sandra

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